Egypte : les Frères musulmans revendiquent la victoire à la présidentielle

Les Frères musulmans ont revendiqué, lundi 18 juin, la victoire de leur candidat, Mohammed Morsi, à l'élection présidentielle égyptienne, avec 52 % des suffrages. Une annonce aussitôt contestée par le camp de son rival, Ahmad Chafiq, ancien premier ministre de Hosni Moubarak et candidat de l'armée, qui a accusé M. Morsi de vouloir "voler" la victoire.

L'équipe de campagne de M. Chafiq affirme en effet que ce dernier est arrivé en tête de l'élection. "Les premières indications de l'équipe de campagne d'Ahmad Chafiq prouvent sans aucun doute possible qu'il est devant aux élections en dépit de toutes les infractions", a déclaré un porte-parole de l'état-major de campagne. Il a ajouté que l'ancien premier ministre de Hosni Moubarak l'emporterait avec 51 à 52 % des suffrages.

Un membre de la Commission électorale égyptienne a confirmé, lundi au matin, que le candidat islamiste était bien arrivé en tête du second tour de l'élection présidentielle. Il faut cependant attendre la proclamation officielle des résultats par la Commission électorale, qui devrait avoir lieu jeudi 21 juin. Mais la victoire de Mohammed Morsi, si elle est confirmée, porterait pour la première fois un islamiste à la tête du pays le plus peuplé du monde arabe, avec près de 82 millions d'habitants.

Le candidat des Frères musulmans a remercié de son quartier général lors d'une allocution ceux qui ont voté pour lui. Mohammed Morsi s'est engagé à travailler "main dans la main avec les Egyptiens pour un avenir meilleur, pour la liberté, la démocratie et la paix". Il a aussi promis de "servir tous les Egyptiens" quelles que soient leurs obédiences politiques ou religieuses.

PASSATION DE POUVOIRS FIN JUIN

La cérémonie de passation du pouvoir entre le Conseil suprême des forces armées (CSFA) et le nouveau président élu aura lieu à la fin de juin, ont annoncé lundi les généraux au pouvoir dans le pays depuis la chute de Hosni Moubarak, le 11 février 2011. "L'armée remettra le pouvoir au président élu lors d'une grande cérémonie à la fin du mois dont le monde entier sera témoin", a déclaré le général Mohamed El-Assar, membre du CSFA, cité par l'agence de presse officielle MENA. "L'Egypte est un pays démocratique moderne qui respecte l'ensemble des valeurs démocratiques."

Peu après l'allocution de M. Morsi, des centaines de ses supporteurs ont afflué sur l'emblématique place Tahrir, épicentre de la contestation qui a chassé M. Moubarak du pouvoir, pour fêter la "victoire" de leur candidat.

Le futur président, quel qu'il soit, disposera toutefois d'une marge de manœuvre très réduite face à la junte, aux commandes du pays depuis la chute de Moubarak et qui s'est attribué de vastes prérogatives peu avant la fermeture des bureaux de vote dimanche soir.

LA PRÉSIDENTIELLE, ÉCLIPSÉE PAR LA DISSOLUTION DE LA CHAMBRE

Les nouveaux pouvoirs de l'armée ont été vivement dénoncés par les Frères musulmans et les partis de la mouvance révolutionnaire, qui les ont assimilés à un coup d'Etat. La Chambre des députés, dominée par les Frères musulmans, a en effet été dissoute samedi en application d'un arrêt de la Haute Cour constitutionnelle pour un vice juridique dans la loi électorale.

Le Conseil suprême des forces armées (CFSA) a par ailleurs annoncé dans une déclaration constitutionnelle amendée qu'il exercerait le pouvoir législatif et budgétaire jusqu'à l'élection d'une nouvelle "Assemblée du peuple". Le CSFA a toutefois assuré qu'il ne s'octroyait que des "pouvoirs législatifs restreints" afin de "créer un équilibre" entre les pouvoirs.

"Le Conseil militaire étudiera les lois proposées par le gouvernement", dont les membres seront choisis par le président, a déclaré lundi un membre du CSFA, le général Mamdouh Chahine. Les projets de loi seront ensuite "présentés au président, et ni le Conseil militaire ni le président ne pourront seuls faire passer une loi". "Aucune branche du pouvoir ne peut assumer le législatif et l'exécutif seule. L'idée est de créer un équilibre", a-t-il dit. Ce mécanisme continuera de fonctionner jusqu'à l'élection de nouveaux députés, peut-être à la fin de l'année, a ajouté le général.

Le nouveau scrutin ne pourra pas avoir lieu avant la rédaction d'une nouvelle Constitution par une commission ad hoc et son adoption "par voie de référendum", précise le texte constitutionnel adopté dimanche. La rédaction de la nouvelle Constitution sera confiée à une "commission constitutionnelle représentant tous les segments de la société" et qui disposera de trois mois pour terminer ses travaux, ajoute le texte. Le CSFA s'accorde en outre un droit de veto sur tout article qu'il estimerait "contraire aux intérêts suprêmes du pays".

L'Union européenne a salué lundi "l'étape majeure" de l'élection présidentielle, mais a appelé au respect de la transition démocratique. "L'élections présidentielle est une étape majeure dans la transition démocratique de l'Egypte", a estimé Maja Kocijancic, porte-parole de la chef de la diplomatie européenne, Catherine Ashton. Mais des questions se posent sur le statut du Parlement et du processus constitutionnel qui pourraient limiter les progrès réalisés à ce jour, a-t-elle relevé, a souligné la porte-parole, estimant que la situation institutionnelle et légale devait être "clarifiée le plus vite possible".

http://www.lemonde.fr/afrique/article/2012/06/18/egypte-les-freres-musul...

 

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