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 Les révolutions arabes : de l’euphorie à la réalité sanglante pour la Dignité, la liberté et la justice sociale

L’euphorie était grande en constatant à quel point la révolution était à portée de main et d’une telle facilité. Qui aurait cru qu’un acte d’immolation par le feu d’un jeune diplômé chômeur aurait mis fin à une aussi puissante dictature que celle de Ben Ali et être l’étincelle qui a mis le feu dans l’ensemble de la région du Maghreb et du Machrek. Qui aurait cru que de jeunes manifestants s’appuyant sur les nouvelles technologies (dans un monde considéré comme sous développé, y compris dans le domaine du numérique), mettrait en prison un Moubarak.

L’Occident s’est empressé de parler du « réveil » arabe, considérant que ce monde était dans une léthargie profonde et s’accommodait des dictatures et autres régimes autoritaires, L’amnésie est impardonnable. Les gouvernants occidentaux ne réalisent pas que cette déferlante de contestations, de révolutions et de tsunami politique, qui se manifestent de Rabat aux frontières barbelées d’Israël, en passant par les pays du golf et de l’Iran, sont l’aboutissement logique des décennies de luttes des mouvements sociaux pour la Dignité, la liberté et la justice sociale. Tout un programme qui relève à quel point la question sociale est fondamentalement politique et qu’il ne peut se réaliser que par la démocratisation des systèmes politiques et par la lutte contre le système néolibéral qui a fortement contribué à la dégradation du pouvoir d’achats des populations défavorisées, au chômage, à l’exacerbation des conflits, à la mort de milliers de jeunes qui tentent de forcer les murs érigés par l’Europe, à la montée des tendances identitaires, au racisme, à la guerre…

L’euphorie était à son paroxysme à Dakar au Forum Social Mondial 2011, à l’annonce de la chute de Moubarak. Nous n’avions pas réalisé que derrière ces chutes se dressent les armées reçues par les manifestants avec des roses et du jasmin. Les nouvelles élites se trouvent aujourd’hui impuissantes en Tunisie à répondre à l’impatience légitime des populations pour le travail, l’accès aux services sociaux de base et la lutte contre l’impunité des tortionnaires. La répression reprend et on réalise à quel point le changement, la révolution, la transition démocratique sont des tâches rudes, surtout lorsque les anciens du régime, se maintiennent au pouvoir. La Tunisie a ouvert le bal, l’espoir demeure dans l’aboutissement de la révolution en Tunisie. D’autres dirigeants ont choisi, avec l’appui de certains pays du Golf, la barbarie et la répression sauvage et criminelle contre les manifestants, la Lybie sombre dans la guerre civile ouvrant la porte à l’intervention armée de l’OTAN. Des milliers de mort et un avenir incertain, mais plus rien ne sera comme avant : il n’y a pas d’autre issue que la démocratie dans un monde où la rue et Facebook, montrent une mosaïque éclatée de religions, d’ethnies, de tribus, de langues et une grande fragmentation idéologique et politique.

La réunion du Conseil International du FSM, qui se tiendra à Paris les 25, 26 et 27 Mai prochains, ne peut faire l’impasse sur la réflexion et le positionnement sur un mouvement qui ébranle le monde et pas uniquement la région du Maghreb-Machrek. Il est appelé à faire face à trois défis :

1. Repositionner, dans la stratégie du FSM une région qui a été, pendant 11 ans, marginalisée dans le processus du FSM. Le FSM a été marqué par la culture latino, il s’est enrichi de la culture européenne, indienne et africaine, il gagnerait à intégrer la culture du monde arabe et amazigh ;

2. Tirer les leçons de ces révolutions inachevées par la remise en cause de schémas qui ont prévalu sur la région y compris concernant les Etats dits du Bloc du Refus qui n’ont rien à envier aux régimes réactionnaires dans la répression criminelle et le mépris de leurs peuples ;

3. Consolider les articulations avec les mouvements sociaux de la région, ce qui nécessite une forte concentration d’actions qui permettraient l’ancrage, l’élargissement, l’approfondissement de l’analyse de la complexité de la région avec la centralité de la question palestinienne qui, tant qu’elle n’aura pas abouti à la reconnaissance des droits légitimes du peuple palestinien, restera une région de non droits et d’abus et de légitimations de violences.

Le 17 Mai 2011
Kamal Lhabib

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