Tunisie : Les forces de l’ordre évacuent de force les occupants de l’Union locale de Redeyef
Les forces de l’ordre ont procédé le soir du jeudi 13 mars 2008 à l’évacuation des chômeurs qui occupaient le siège de l’union locale de Redeyef de l’UGTT en les menaçant de recourir à la force. Le même scénario s’est reproduit le lendemain, vendredi 14 mars, pour obliger les militants à lever la tente qu’ils ont dressée face au même local afin de continuer leur mouvement de protestation.
Cette fuite en avant répressive s’inscrit dans la continuité du durcissement d’attitude adopté par les autorités vis-à-vis des revendications des habitants du bassin minier, durcissement qui s’est manifesté au début de la semaine par la rupture des négociations engagées avec le comité représentant les chômeurs de Redeyef. Cela signifie manifestement que les autorités reviennent sur les engagements qu’elles ont pris lors des discussions avec le comité à la fin de la semaine précédente. Lors de ces négociations, elles se sont engagées à recruter 46 personnes parmi les familles de victimes d’accidents du travail et de maladies professionnelles qui étaient employées par la compagnie des Phosphates de Gafsa, à confier quatre contrats de sous-traitance de la compagnie à des diplômés chômeurs, l’emploi d’un certain nombre de diplômés chômeurs dans l’administration publique.
Le Comité de Soutien aux Habitants du Bassin Minier de Gafsa réitère sa solidarité totale avec les revendications légitimes des protestataires, il dénonce le recours des autorités aux mesures sécuritaires pour y répondre. Il exige des autorités :
- L’arrêt des harcèlements et intimidations dont sont victimes les militants du mouvement des chômeurs et la levée du siège policier appliqué à la ville de Redeyef et l’ensemble du bassin minier.
- Le retour à la table des négociations et la proposition de solution concrètes au fléau du chômage et à la dégradation des conditions de vie dont souffre la région.
Le comité appelle toutes les militantes et tous les militants syndicaux, politiques et associatifs à apporter le soutien et la solidarité nécessaires aux habitants du bassin minier dans leurs luttes pour le droit au travail et à la dignité.
Déclaration du Comité National de Soutien aux Habitants du Bassin Minier de Gafsa
Tunis, le 15/03/2008
Le mouvement de protestation dans le bassin minier de Gafsa se poursuit depuis maintenant plus de deux mois au cours desquels il s’est étendu jusqu’à toucher l’ensemble des villes minières de la région.
La cause immédiate des manifestations en question est le résultat du processus de recrutement engagé cette année par la Société des Phosphates de Gafsa. Il est considéré par la population comme étant dépourvu de transparence et marqué par des manipulations frauduleuses déterminées par les connivences personnelles et le clientélisme, aux dépens de la considération des compétences ou des critères sociaux de priorité.
Mais bien au-delà de cela, c’est rapidement la situation sociale très dégradée de la région dans sa globalité qui a été en question. Marquée par un niveau de chômage très élevé, par une absence de politiques de développement et d’investissement effectives, par un fort niveau de pauvreté et par un degré de pollution perceptible alarmant, la situation de la région voit se renforcer les tensions sociales et s’approfondir un sentiment diffus d’injustice. C’est tout cela qui s’est exprimé lors des manifestations pacifiques qui se sont multipliées ces deux derniers mois : rassemblements et cortèges populaires, occupation des places publiques devant des bâtiments officiels, installations de tentes permanentes dans les villes de Redeyef, Oumm Laarayes, Metlaoui et El-Mdhilla… Le but de ces initiatives étant d’attirer l’attention sur une condition critique devenue insupportable.
Face à cela, les autorités n’ont fait montre d’aucune disponibilité à dialoguer avec les populations, ni n’ont entrepris de mesures urgentes à même de résoudre les problèmes les plus pressants. Au contraire, il semble que même les quelques canaux de négociation qui ont pu être ouvert et qui ont suscité quelque espoir dans la population aient été vite interrompus, laissant place à un regain de tension déterminé par le renforcement de la présence des forces de sécurité, par le siège policier des foyers de protestation et par un traitement du mouvement par la tergiversation comme toute réponse aux demandes de dialogue.
Pour toutes ces raisons, les militant-e-s de la société civile soussignés, convaincus de la légitimité des revendications des habitants du bassin minier et de la nécessité de réponses urgentes aux situations sociales critiques dans la région, annoncent la création d’un Comité National se donnant les objectifs suivants :
Soutenir les mouvements des citoyens pour leurs revendications légitimes, notamment le droit au développent, au travail et aux conditions d’une vie digne.
Faire connaître les problèmes et luttes de la région à l’opinion publique nationale afin d’en briser l’isolement et déverrouiller le blocus médiatique appliqué par les média officiels
Exiger des autorités d’assumer ses responsabilités par le déblocage de mesures urgentes à même de résoudre les problèmes les plus pressants que connaît la région, et en s’abstenant de toute réponse sécuritaire qui ne ferait qu’aggraver la crise.