La Déclaration Universelle des Droits de l’Homme garantie l’égalité entre tous les citoyens sans aucune discrimination sous prétexte de sexe, de langue, de couleur ou de religion. Pourtant, victime de la société, la femme amazighe subit doublement la discrimination. Elle vit la résistance au quotidien. En effet, elle lutte constamment pour ses droits en tant que femme dans un monde d’homme ainsi que pour la sauvegarde de la culture amazighe contre la domination arabo-musulmane.
Le Maroc a pris un pas en avant en 2004 en modernisant le code de la famille. Toutefois, en pratique, ce bout de papier ne change pas les mentalités à l’intérieur des familles. Il reste un travail considérable à faire sur le terrain pour faire face à cette double domination, masculine et culturelle. C’est le mandat que s’est donné l’association Espace Tinhinan pour le soutien de la femme.
En militant sur ces deux fronts, l’association Tinhinan ajoute un élément qui jusqu’alors manquait au mouvement féministe qui existe au Maroc : l’amazighité. Fatima Wrrit, présidente de l’association, considère qu’il y a un parallèle indéniable qui existe entre la femme et la survivance de la famille amazighe. Gardienne de la culture, c’est grâce à la femme que l’amazighité a pu survivre jusqu’à maintenant. En effet, la femme est le symbole de la famille. Confiné au foyer, elle y joue un rôle essentiel. Elle a su protéger la langue tamazight en enseignant à ses enfants cette langue qui n’est dorénavant que parlée à la maison. De plus, la femme est productrice, elle immortalise la culture amazigh dans ce qu’elle fabrique, tels que les tapis, les broderies et les poteries.
Les mouvements féministes sont souvent issus des grandes villes, tandis que dans les régions rurales, les femmes restent marginalisées. Situé dans la région de Khemisset, l’association Tinhinan œuvre directement auprès des femmes autant sur le plan culturel que dans le domaine du développement. C’est sur le terrain que les
femmes agissent et travaillent pour leur cause. Grâce à leurs réalisations locales, elles ont des conséquences directes sur la vie quotidienne. Pour ne nommer que deux actions, l’association enseigne aux analphabètes et aide à la gestion de microprojets. Par ailleurs, l’association a organisé le forum de la femme rurale dans le but d’informer les principales concernées de leurs droits ainsi que de permettre un débat au sein des groupes féminins. Durant ces rencontres de sensibilisation, petit à petit la femme prend en considération ses droits. Elle y accumule des connaissances pour pouvoir sortir de la sphère familiale, être reconnue comme citoyenne à part entière et prendre sa place dans la vie publique.
Par Thessa Girard-Bourgoin