Lors de la visite officielle du Roi Mohamed VI du Maroc aux États-Unis en 2002, celui-ci et le Président Bush ont émis leurs intentions à la mise en place d’une zone de libre-échange liant les économies de ces deux pays. Les négociations se sont rapidement entamées dès 2003, celles-ci naissant dans un climat très hostile en raison du déroulement de la guerre en Afghanistan ainsi qu’avec le début de l’occupation irakienne. ; D’autre part, la réaction hostile de la part des partenaires traditionnels du Maroc, qui sont en grande majorité les européens, à cette nouvelle ouverture de l’économie marocaine fut très présente. En fin de compte, après plusieurs mois de difficultés, l’Accord de Libre-échange Maroc-États-Unis (ALEMEU) fut conclu le 2 mars 2004 à Washington et celle-ci entre en vigueur officiellement qu’en 2006.
Cet accord représente une nouveauté sur plusieurs plans. En fait, l’ALEMEU est le premier accord que les É-U auront conclu avec un pays africain et le deuxième avec un pays arabe (après la Jordanie). De plus, cet accord est le plus récent ALE adopté par l’É-U et, à l’exception du Canada. C’est aussi l’unique accord impliquant un État membre de l’Organisation internationale de la Francophonie.
L’ALEMEU englobe, entre autre, tous les secteurs économiques et commerciaux des deux pays d’où il existe un potentiel d’échange commercial des marchandises (produits agricoles, pêches, produits industriels) et des services ainsi qu’avec les marchés publics. On y trouve également les aspects liés à la protection de la propriété intellectuelle, à l’environnement et au travail.
Dès le départ des négociations, c’est surtout le volet agricole qui fut sujet des débats. En fait, ce secteur économique marocain est déjà très vulnérable à l’exportation internationale envers ses voisins européens. De plus, vu que l’agriculture fait vivre pratiquement 50% de la population marocaine on peut imaginer la grande dépendance des marchands locaux ne pouvant concurrencer avec les grands distributeurs américains, souvent bénéficiaires de subventions substantielles dans le domaine agricole. De ce fait, les négociateurs marocains ont voulu faire pression afin de mettre en évidence le caractère spécifique de secteur pour ainsi justifier l’utilisation du terme «l’exception agricole» lors de l’élaboration de cet accord.
Pour répliquer, le coté américain n’a pas voulu reconnaître la particularité de ce secteur économique car, selon la partie américaine, les exceptions n’existent pas et donc par conséquent tout secteur économique doit être traité de manière équitable. Après plusieurs mois de négociations difficiles, les deux camps se sont mis d’accord sur l’adoption d’un système de listes. À cet effet, chaque pays s’est échangé une liste de leurs produits agricoles classés selon la vulnérabilité de ces derniers envers une libéralisation qui serait jugée trop rapide (en cas immédiat). Au fil du temps, c’est à partir de ces listes (A = l’accès en franchise douanière immédiat, B= période de cinq ans, et ainsi de suite) qu’un programme de démantèlement tarifaire s’est fait, de manière à être étalé progressivement dans le temps. De ce fait, quelques produits ont étés libéralisés dès l’entrée en vigueur de l’accord et d’autres, d’un montant plus substantiel, le seront dans les trois prochaines années. En fin de compte, le démantèlement tarifaire de tous les produits agricoles se concrétisera d’ici vingt ans. Pour ce qui est de l’efficacité de ces délais provisoires de libéralisation cela reste réellement questionnable.
Par exemple, les produits de base d’origine marocaine tels que le maïs et le soja, des produits jugés excessivement sensibles, ont été programmés à voir l’ouverture totale sur le marché américain d’ici cinq ans. Cette ouverture du marché d’un produit de base, fabriqué localement, est jugée trop rapide. Par cela, on peut donc se permettre à questionner comment le Maroc a pu accepter d’ouvrir ses frontières à une telle catégorie de produits avec une telle rapidité? Quelles ont été les conséquences/résultats prévus face à cette ouverture et quelles précautions ont été prises?
Même si une déréglementation étalée dans le temps est maintenant en cours de processus (pour le secteur de l’agriculture en particulier), l’aboutissement total de ce dernier signifie l’ouverture complète de tous les secteurs économiques des deux pays. En réalité, nous ne pouvons nier les disparités significatives du degré de développement qui différencient ces deux pays et de ce fait nous ne pouvons gérer les relations économiques de ces deux pays en les considérant en tant que partenaires égaux. Selon certains auteurs, cet accord représente plutôt une institutionnalisation de la dépendance alimentaire dont le Maroc est assujettie car, en fait, il ne faut pas oublier que le Maroc compte parmi les 9 premiers pays importateurs de céréales dans le monde. Essentiellement, l’aboutissement de l’ALEMEU ne reconnaît pas la spécificité et la vulnérabilité du secteur agricole.
L’ALEMEU signé en 2004, entré en vigueur en 2006, est un accord qui s’inscrit dans un contexte particulièrement marqué par une multiplication de signatures de contrats libre-échangistes engagés par le Maroc. À cet effet, nous pouvons noter l’accord passé avec l’UE en 2003, Accord d’Agadir en 2006 etc. Du coté américain, nous pouvons noter que la mise en place de cette zone de libre-échange, durant cette période de temps particulièrement mouvementé, a grandement servi comme outil fondamental à ces politiques néolibérales. De ce fait, certains spécialistes affirment que cet accord concrétise plutôt un renforcement voulu de l’influence politique américaine dans la région Maghreb/Machreck, celle-ci pouvant agir comme contrepoids à l’influence de l’économie européenne ainsi comme appui aux questions sécuritaires liées à cette fameuse «lutte contre le terrorisme».
Au sujet des gains futurs que le Maroc pourrait tirer de l’ALEMEU, il est facile de prédire quelques éventualités. En fait, il sera difficile d’envisager que l’ALEMEU jouera un rôle important au sein de l’économie américaine. Ceci dit en tenant compte du fait que les échanges commerciaux avec les É-U représentent qu’environ 4.7% du commerce extérieur marocain par rapport à 56.9% des rapports entretenus avec l’UE. D’un autre coté, au sujet des partenaires européens du Maroc, il est évident que ceux-ci revendiqueront aussi une plus grande libéralisation dans le secteur agricole vu que celle-ci s’est fait avec tant de facilité et de rapidité envers les partenaires américains.
À ce jour, deux années après l’entrée en vigueur de l’ALEMEU, les statistiques démontrent de manière évidente que les exportateurs marocains n’arrivent pas à s’intégrer au marché américain. Malgré qu’il y a eu quelques avancés, plusieurs facteurs servent à expliquer ce retard de progrès/réussites prévus de prendre effet dès la signature de cet accord. Premièrement, faute de distance, il semble la majorité des exportations marocaines se concentrent encore vers les échanges dirigés vers leurs partenaires traditionnels, les européens. Deuxièmement, il semble que les partenaires américains ne font pas preuve de rechercher activement de nouveaux partenaires marocains. Vu que cet accord est encore très jeune, il reste à espérer que les déréglementations progressives encourageront de meilleures relations économiques entre ces deux pays. En ce qui concerne la question d’équité et d’égalité face aux gains futures de l’économie marocaine, ceci reste encore une question négligeable.
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Liens intéressants : Site du ministre de l’économie et des finances, Royaume du Maroc, dossier comprenant des articles et des interviews consacré à l’ALEMEU :
http://www.finances.gov.ma/portal/page_pageid=33,4454312&_dad=portal&_schema=PORTAL.
AKESBI, Najib, Accord libre-échange É-U et le Maroc : un volet agricole lourd de conséquences, http://www.regionetdeveloppement.u-3mrs.fr/pdf/R23/R23_Akesbi.pdf,%202006, 2006.
BSILI, Zones de libre-échange et partenariat du Grand Moyen Orient,http : //www.bilaterals.org/article.php3?id_article=938 , 9 novembre 2004.
OUDOUD, Lahcen, Libre-échange tous azimuts : de nouvelle étapes franchies en ce mois de janvier dans le processus de démantèlement tarifaire, http://www.lematin.ma/Actualite/Supplement/Article.asp?origine=sej&idr=427&id=79278, 16, 16 janvier 2008.