L’ONU SE FAIT SANS LA PALESTINE

 PAR MERIEM ABDOU

Le rapport Goldstone sera évoqué le 14 octobre au Conseil de sécurité de l’ONU dans le cadre d’un débat général sur la situation au Proche-Orient. Cette décision a été prise par un Conseil de sécurité divisé, lors de consultations, à huis clos consécutives faisant suite à une demande de la Libye, soutenue par le groupe arabe et les non-alignés. Sous la pression des pays arabes, les Occidentaux du Conseil de sécurité ont donc accepté d’avancer d’une semaine - du 20 au 14 octobre - le débat public que le Conseil tient chaque mois sur «la situation au Proche-Orient, incluant la question palestinienne». Le rapport Goldstone «n’est pas à l’ordre du jour du Conseil de sécurité» (...) le forum adéquat pour en discuter est le Conseil des Droits de l’Homme», a dit l’ambassadeur américain adjoint, Alejandro Wolff.DÉJÀ, LE RAPPORT ZIEGLER…

Ce n’est pas la première fois, et encore moins la dernière, que des rapports diligentés à l’encontre de l’état sioniste soient gelés dans au sein de l’hémicycle Onusien, en 2003. Sur instruction de la Commission des Droits de l’Homme de l’ONU, le rapporteur spécial Jean Ziegler s’est rendu en mission dans les Territoires palestiniens occupés pour évaluer la situation alimentaire des populations. La sévérité de son rapport, soit dit en passant réelle, a suscité la colère du gouvernement israélien qui avait sournoisement, facilité sa mission et pensant bénéficier en retour d’une certaine complaisance. Les diplomaties israélienne et états-unienne ont alors entrepris diverses démarches pour bloquer temporairement la diffusion publique de ce rapport. Cette offensive s’est accompagnée d’une campagne médiatique visant à faire accroire que ce document n’engageait que son auteur et pas l’ONU. Des communicants ont propagé la rumeur selon laquelle le rapporteur spécial avait été « désavoué » par l’ONU. Ce qui est en soit évidemment faux car, précisément, la fonction de rapporteur spécial donne un statut indépendant à l’expert sollicité et le protège de toute critique institutionnelle, positive ou négative. Cette bataille médiatique n’était rien d’autre que la volonté des gouvernements de l’époque, à savoir Sharon et Bush de cacher au monde la réalité des conditions de vie dans lesquelles ils maintenaient les populations palestiniennes. Autre exemple cette fois-ci plus récent : à l’occasion du cinquième anniversaire de l’avis de la Cour internationale de Justice jugeant illégal le mur de séparation élevé par Israël pour se séparer de la Cisjordanie, le bureau de coordination des affaires humanitaires de l’ONU (OCHA) a présenté le 8 juillet 2009 un état de la situation côté palestinien. «La barrière est l’une des mesures employées pour restreindre les mouvements et la vie des Palestiniens», a déclaré un responsable de l’OCHA dans une conférence de presse. «La barrière fait partie d’un régime général de fermeture (…) qui affecte les mouvements des Palestiniens, restreint leur espace, et ajoute à la fragmentation de la Cisjordanie (…). Elle a eu un impact humanitaire dramatique sur les Palestiniens» depuis le début de sa construction, en 2002. Présentée par Israël comme une «clôture antiterroriste », cette barrière mesurera une fois finie, 709 km, dont selon le bureau onusien, 85 % seront établis en Cisjordanie même et seulement 15% sur la ligne verte, la ligne de démarcation établie en 1949 entre la Cisjordanie et Israël, empiétant à terme sur 9,5 % de la Cisjordanie. Dans son avis rendu le 9 juillet 2004, la Cour internationale de justice avait estimé que «la construction par Israël, puissance occupante, du mur en territoire palestinien occupé, notamment dans et autour d’El Qods- Est, est contraire à la loi internationale. » Elle en a demandé le démantèlement ; sans surprise l’état hébreu est resté, sourd à cet appel…

OBAMA OU LE PRIX NOBEL DES INTENTIONS

Le différend entre l’administration Obama et Israël n’est qu’illusoire. L’administration Obama a épuisé ses huit premiers mois à négocier avec Israël sur un gel des colonies, mais toujours sans résultat. Le sommet tripartite à New York, regroupant Obama avec le premier ministre, Benyamin Netanyahu, et le président palestinien, Mahmoud Abbas, en marge de l’Assemblée générale de l’ONU, n’était qu’un événement médiatique. Il n’a accouché de rien de plus que d’une poignée de mains devant les caméras. On dit même que ce show était l’objectif même de ce sommet. En fait, l’échec de ce sommet a été précédé par un autre, une semaine avant la séance de l’ONU. La tournée de quatre jours de l’envoyé spécial américain au Proche-Orient, Georges Mitchell, faisant la navette entre les Palestiniens et les Israéliens a confirmé bien ce blocage et Mitchell a quitté la région sans aucun espoir d’une relance des négociations (1). Selon Abdelkader Yassine, écrivain palestinien vivant en Égypte, il n’existe pas aujourd’hui ce qu’on appelle un processus de paix. « Le différend qui paraît sur la surface entre l’administration Obama et Israël n’est qu’illusoire. Obama veut seulement prouver au monde qu’il déploie des efforts pour la paix. Mais au fond, il soutient cette intransigeance d’Israël. S’il est vraiment sérieux, pourquoi ne parle-t-il pas du même ton que celui qu’il utilise quand il s’agit du nucléaire iranien ? », s’interroge-til. Il ajoute que ce sont seulement des manoeuvres pour tenter d’obtenir des États arabes qu’ils normalisent leurs liens avec Israël. « Sous prétexte d’infléchir les positions israéliennes, le président américain incite les pays arabes vers une normalisation des relations diplomatiques avec l’État hébreu » (2). Cette analyse semble tenir la route puisque l’actuel président des États- Unis vient de se voir décerner le prix Nobel de la paix. Le prix Nobel, un hommage aux mots et aux intentions. Cette récompense, hautement symbolique gratifie ses multiples efforts pour la paix qui ne sont plus à démontrer. Obama est prix Nobel pour avoir étendu la guerre en Afghanistan. Barack Obama reste confronté à deux conflits ouverts: en Irak mais surtout en Afghanistan, où il est à la recherche d’une nouvelle stratégie et où la situation se dégrade de jour en jour ; pour ne pas avoir, su ou pu ou voulu, stopper les colonies en Cisjordanie. Ses tentatives de conciliation au Proche-Orient, dont il a fait une priorité, semblent aussi dans l’impasse. Les efforts de l’envoyé spécial américain George Mitchell en vue de relancer le processus de paix se heurtent notamment au refus par Israël de geler la colonisation ; pour s’ être engagé à fermer la très controversée prison de Guantanamo, où sont encore détenues 223 personnes, même si la Maison Blanche semble avoir renoncé à la date limite de janvier 2010, initialement fixée ; pour avoir accentuer la pression sur l’Iran… L’attribution du prix Nobel de la paix à Barack Obama, moins d’un an après son arrivée au pouvoir, est un choix controversé qui encourage des intentions plus qu’elle ne récompense des résultats. On dira qu’il s’agit d’un hommage aux mots et aux intentions puisque, en neuf mois, c’est tout ce que Barack Obama aura pu offrir au monde.

RÉFÉRENCES :
(1)http://www.france-palestine.org/ar ticle12786.html
(2) Aliaa Al-Korachi : « Déception palestinienne à l’ONU »

http://www.lecourrier-dalgerie.com/papiers/lacapitale.html#2

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