Qui est terroriste ?
Diane Lamoureux, Professeure, département de science politique, Université Laval
Édition du mardi 11 août 2009
Mots clés : Religion, Conflit, Bil'in, Violence, Israël (pays), Palestine (pays)
Bil'in, un petit village de Palestine, comme il y en a tant d'autres, difficile à trouver puisque les indications routières de la puissance occupante, Israël, ne mentionnent que les colonies (illégales en vertu de la Convention de Genève). Mais un petit village qui a entrepris de résister pacifiquement à l'occupation israélienne. J'y étais en mai dernier, en compagnie des autres membres d'une délégation québécoiseDepuis janvier 2005, à l'instigation du comité populaire de résistance contre le mur et les colonies, la population de Bil'in, est engagée dans une action civique non violente de protestation contre la confiscation de plus de 60 % des terres du village (principalement des terres agricoles et des oliveraies). Cette action civique non violente comprend une mobilisation populaire qui prend la forme de manifestations (au début quotidiennes, puis bihebdomadaires et maintenant hebdomadaires) qui rassemblent la population du village, des militants pacifistes israéliens et des sympathisants de divers pays.
En plus de ces manifestations, le village de Bil'in a organisé à quatre reprises, au printemps de chacune des années, des conférences internationales sur la résistance non violente.
Ces manifestations se heurtent à un degré de répression variable. Au minimum, les manifestants font face à des tirs plus ou moins intensifs de bombes lacrymogènes. Ce fut le cas le 22 mai dernier, lorsque nous y étions; nous avons appris un peu plus tard que, ce jour-là, un journaliste israélien tournait un reportage sur le commandant militaire. Assez souvent, il y a des tirs de balles en caoutchouc ou même de balles réelles. Plusieurs blessés et quelques morts résultent directement de cette répression.
En outre, l'armée israélienne organise régulièrement des actions punitives dans le village, de préférence la nuit. Cet été, ces actions se sont intensifiées: deux à trois fois par semaine, la population est réveillée par des bombes sonores, certaines maisons sont fouillées et des hommes sont arrêtés, dont plusieurs mineurs.
Obtenir justice
La semaine dernière, ils ont arrêté Muhamed. Hasard ou coïncidence, celui-ci était à Montréal à la fin juin, puisque le village de Bil'in a déposé une plainte en Cour supérieure du Québec contre deux compagnies canadiennes enregistrées à Montréal et impliquées dans la construction de condos dans la colonie voisine de Modi'in Ilit.
Cette plainte s'inscrit dans une stratégie de recours judiciaire systématique du village contre la confiscation des terres, le tracé du mur de séparation dans le secteur et certains actes de la puissance occupante dont certains ont été jugés illégaux et abusifs par la justice israélienne. Les autorités judiciaires israéliennes ont reconnu le bien-fondé de plusieurs de leurs plaintes, mais les jugements n'ont pas été exécutés sous prétexte d'impératifs militaires.
On le voit, les habitants de Bil'in, sont déterminés à obtenir justice et utilisent pour cela l'action non violente.
On ne peut en dire autant des autorités israéliennes. En marge des divers procès devant les cours israéliennes, il est ressorti que certains promoteurs immobiliers n'hésitent pas à faire usage de faux pour parvenir à leurs fins. Plus encore, des liens entre ces promoteurs immobiliers et plusieurs politiciens du Likoud, du Parti travailliste et de Kadima ont pu être établis.
Mais les raids préventifs de l'armée israélienne depuis la fin juin sont aussi inquiétants et visent directement les membres du comité populaire de Bil'in qui coordonnent les actions non violentes; par leur caractère répété et les moyens utilisés, ils peuvent s'apparenter à des punitions collectives (illégales en vertu des Conventions de Genève) puisqu'elles privent de sommeil la population du village. Qui à Bil'in pratique la terreur?















