Pollution dans la Commune L’Blida : la vie des citoyens est en danger devant une indifférence des responsables
- Interview avec un acteur associatif de la région.
La commune Lablida se situe à 100 Km de la ville de Zagora. Environ 5 000 habitants vivent dans ce village qui se distingue par son climat sec. Les pluies ne dépassent pas les 45 Millimètres chaque année. L’activité économique des citoyens de Lablida repose principalement sur l’agriculture traditionnelle et l’élevage. Les infrastructures modernes et nécessaires pour une vie citoyenne sont quasi-inexistantes. Le seul et unique hôpital de cette commune rurale a été barré depuis 1998, l’année qui a connu la sortie de la société ONA qui exploitait les richesses minières de la région.
Après sa sortie, la société susmentionnée a laissé derrière elle une véritable calamité environnementale. Chose qui a poussé la société civile de Lablida à taper les tocsins d’alarme et se mobilise en vue de faire entendre la voix et les souffrances des citoyens.
Dans ce cadre et en marge du Forum Social Thématique autour de l’Eau et l’Environnement, organisé à Zagora , le portail électronique de la société civile Maghreb/Machrek E-joussour à interrogé M.Ibrahim Ezzine, acteur associatif et membre de l’organisation Bourbiaa pour le Développement et l’Environnement, autour des souffrances et problématiques provenant des déchets toxiques et qui menacent la vie des citoyens dans cette commune.
E-joussour : que pourriez vous dire à propos des problématiques environnementales que connait la région de L’Blida ?
M.Ibrahim Ezzine : L’Blida souffre énormément aujourd’hui de la pollution qui menace la vie des citoyens. Cette pollution provient des déchets que l’entreprise ONA a laissés aux environs du village après qu’elle a fini d’exploiter les mines de la région. La quantité de ces déchets dépasse les 280 milles tonnes annuellement. Et l’exploitation a duré environ 20 ans, ce qui donne environ Quatre millions de déchets toxiques entassés à l’entrée du village. Ces déchets sont composés principalement des restes de Cuivre, Plomb et autres types des minéraux.
Le fléau c’est que ces minéraux se sont introduits dans la nappe phréatique que les citoyens utilisent pour leurs besoins en matière d’eau. Il s’agit principalement des puits et réservoirs d’eau. Il faut rappeler également qu’une enquête réalisée par le ministère de l’Environnement et de l’Aménagement du Territoire National en partenariat avec plusieurs acteurs civils a indiqué qu’il y a un taux élevé des minéraux toxiques au niveau de l’eau destinée à l’utilisation agraire. En plus la pollution de l’Eau a influé négativement sur la terre, la flore et l’agriculture ce qui a intensifié la désertification et la disparition de certains genres d’arbres tel que les pommiers et les abricotiers. De leurs côtés, les palmiers connaissent de véritables difficultés ce qui a augmenté le taux d’immigration des agriculteurs vers les villes et régions avoisinantes en quête d’autres ressources financières.
E-joussour : Quelles sont les transformations apparentes au niveau de l’Eau, et qui confirment sa pollution ?
M.Ibrahim Ezzine : il s’agit de transformations profondes. L’eau est devenue trop salée à cause de la concentration des minéraux, cela a poussé la population à chercher d’autres ressources loin du village pour assouvir leur besoin en matière d’eau potable. Mais, l’eau intoxiquée sert toujours à l’agriculture, la faune et la flore ce qui menace la vie des citoyens puisqu’ils se nourrissent des animaux élevés et de la terre.
E-joussour: Où est ce que l’entreprise exploitante a déposé ses déchets toxiques ?
M.Ibrahim Ezzine : C’est à l’entrée du village, près de la source du fleuve. Les déchets solides ont constitué une véritable plaine dans la région. Et à quand la pluie tombe, les poisons s’introduisent dans la nappe phréatique. Cette dernière est massivement exploitée aujourd’hui, surtout après que les grands fermiers se sont donnés à l’achat illégal des terres collectives, et après que les entreprises privées ont pris de l’ampleur dans cette région qui est devenue encerclée par les déchets de tous les côtés, dans une menace réelle pour les citoyens, la faune et la flore.
E-joussour : Quels sont les problèmes sanitaires dont souffrent les habitants de l’Blida et qui proviennent de cette pollution ? Est ce que ce fléau environnemental a donné lieu à des victimes ou bien des cas d’intoxication ?
M.Ibrahim Ezzine : malheureusement on ne dispose pas de d’information exacte sur ce point parce qu’il n’y a aucune recherche spécialisée sur l’état de santé des populations de L’Blida. Il y a des maladies qui se sont apparues chez les ouvriers de la société qui exploitait les mines de la région. Ces maladies se sont propagées et ont touché un grand nombre des habitants. On constate également qu’il y a des cas de morts qui ont été enregistrés à cause des maladies pulmonaires, mais personne ne peut affirmer que cela a une relation avec le problème de pollution.
E-joussour : Devant cette situation alarmante, qu’elle était la réaction de la société civile et des mouvements sociaux de la région ?
M.Ibrahim Ezzine : les ONG et associations actives dans la région sont encore jeunes. Pourtant, on constate que la société civile est de plus en plus consciente de cette menace environnementale qui pèse sur les citoyens. Et dernièrement, plusieurs voix se sont levées pour plaider contre cette situation atroce.
E-joussour : En tant qu’acteur associatif et militant au sein de l’ONG Bourbiaa pour le Développement et l’Environnement, Quelle est, enfin, votre vision par rapport à l’avenir de la région ?
M.Ibrahim Ezzine : Malheureusement, et jusqu’à aujourd’hui, la situation semble stable et éphémère. Surtout devant le taux d’analphabétisme qui dépasse les 90 %. Les élus locaux ne priorisent pas la question de l’environnement. On remarque cela dans les programmes électoraux qui néglige ce secteur important. Tout de même, il est intéressant de citer quelques points positifs ; le maire de la région a comme même intervenu pour que la région bénéficie de l’électricité, chose qui a participé à la promotion du village qui n’est plus marginalisé comme avant. Mais, ces actions restent limitées et ne peuvent assurer un progrès permanent.
Je crois, enfin, que le témoin est entre les mains des jeunes pour qu’ils s’engagent et investissent leurs savoir-faire afin de changer la situation socio-économique en général et environnementale en particulier.
Interviewé par Montassir SAKHI















