Cœurs brûlés, ou la voix de la société marocaine

Le réalisateur tente de dépouiller plusieurs questions et problématiques sociétales, et cela via l’image et le dialogue. Il creuse jusqu’à fin fond de notre société pour pouvoir soulever ses complexités qui ne cessent d’accabler nos concitoyens. A travers les séquences et images inspirées de différents milieux et classes sociales, El Maanouni a su revenir sur tout un amas de faits et phénomènes caractérisant la société marocaine. Il évoque le travail des enfants et son influence et conséquences calamiteuses sur l’esprit et la formation psychologique des mineurs une fois deviennent adultes. La vie du protagoniste Amin (Hicham  Bahloul) en témoigne. Ce jeune architecte, qui vit en France et revient au Maroc pour assister à la mort de son oncle, mène une existence liée à un passé à la fois lugubre et triste. Il s’agit bel et bien de son enfance déchirée et marquée par l’exploitation de sa force de travail, encore immature, dans l’atelier de son oncle qui a fait preuve d’une tyrannie incontestable. Malgré la censure menée par cet oncle, Hicham a pu heurter de front cette interdiction et poursuivait ses études grâce à sa volonté intarissable ainsi qu’à la bourse obtenue pour continuer ses études en France. Son retour s’inscrit dans le cadre d’une volonté qui se veut comme étant une insurrection contre les restes d’une enfance déprimée. Il est emporté par la vengeance ; preuve, il n’a jamais toléré l’éducation de son oncle-tyran même quand ce dernier agonisait sur son lit à l’hôpital.

Cette production cinématographique touche également d’autres thèmes fort présents dans notre société. L’immigration clandestine figure parmi ces thèmes débordés tout au long de ce moyen métrage. On a l’intention que la jeunesse marocaine, une fois devant une impasse, songe à fuir le pays et ses réalités aberrantes. Seul refuge, les côtes espagnoles. Cette idée atroce a su s’implanter et s’imposer comme une norme dans notre société. Cette dernière prend des couleurs et dimensions de détresse et de deuil dans le film des Cœurs Brûlés. Cette idée est prouvée depuis l’intitulé de cette œuvre ciné. On la constate également dans la composition générale des scènes et l’emploi des procédées cinématographiques : les flash-back, les monologues, le cadrage, l’emploi des deux couleurs faisant preuve d’une monotonie nauséeuse à savoir le noir et blanc…etc.

Le film évoque d’autres phénomènes sociaux qui marquent profondément la société marocaine. Parmi ces phénomènes on trouve le cambriolage, la superstition, et la toxicomanie.

Comme l’espoir reste une flamme jaillissante dans l’âme de tout artiste, le réalisateur n’a pas pu omettre certains traits lumineux et positifs qui caractérisent la société marocaine. Plusieurs séquences mettent en exergue l’héritage socioculturel du Maroc. Cet héritage s’incarne dans cette sociabilité flagrante qui détermine les relations humaines existant entre les particuliers et toutes les composantes de la société. Malgré la tendance dérivant vers l’urbanisme et la civilité, ces relations de sociabilité ont eu la force et le déterminisme de subsister devant la tempête des chamboulements. Cela s’illustre à travers les causeries entre les voisins ainsi que les faits et dons de charité. Les traditions et coutumes n’ont pas changé alors que la ville est en pleine mutation.

Il reste à signaler que le dialogue et l’enchaînement des événements se distinguent par une simplicité facilitant la compréhension de la part du public amateur et non initié à la lecture de l’image sous ses différents aspects. Sauf que cette simplicité déroge de temps à autre à une certaine monotonie.
Les applaudissements du public présent ont confirmé le succès du film réalisé par Ahmed El Maanouni. Une expérience qui ornerait le répertoire du cinéma marocain. Un cinéma qui tâche de se faire une place au milieu des expériences avancées des autres pays du monde.