L’Université marocaine et les défis du progrès socio-économique_par Montassir SAKHI

Au Maroc, à l’instar de plusieurs sociétés tiers-mondistes, on constate qu’il y a une rupture radicale entre l’Université et les autres éléments de la société. Multiples analyses et recherches témoignent de cette rupture et illustrent le caractère marginal de l’enseignement supérieur en général. Cette constatation pourrait se réaffirmer via un retour sur l’état actuel de nos universités. Un état en pleine dégradation et tirant le signal d’alarme. Maintes questions/ problématiques se posent et s’opposent à toute volonté de compréhension de la part des analystes et essayistes désirant l’extraction des maux accablant notre Université : qu’elle est, tout d’abord, la conception attribuée à l’Université dans notre conscience collective ? Quel est le rôle qu’elle devrait jouer ? Qui décide de son sort ? Quelle est la valeur de son produit intellectuel ? Comment pourrait on remédier à ces problématiques suscitant tout un débat et cascades ininterrompues de critiques ?... toutes sont des questions qui ne cessent d’accoucher d’autres sans qu’on puisse parvenir aux réponses. Cette impasse provient du fait de la complexité du sujet, mais surtout du manque en matière de recherches sociologiques et sémio structuralistes se basant sur des statistiques et études à la fois objectives et engagées.

Devant cette situation confuse une seule réalité, à goût amer, est concrète : l’Université marocaine est en crise à la fois véridique et profonde. Plusieurs constatations attestent de ce désarroi calamiteux accablant cette institution.

Il est indubitatif que l’Université, dans sa conception moderne, est une institution qui a vu le jour récemment au Maroc, c'est-à-dire à l’ère coloniale française. Cela confirme qu’il s’agit d’une institution encore nouvelle et qui manque de maturité à l’instar des autres institutions et concepts à savoir le parlement, la constitution, l’école, les usines et fabriques…etc. Cette idée pourrait être réfutable au cas oû on considère que les idées humaines sont universelles et pourraient être héritées par la société quelle qu’elle soit. Certes, sauf que le Maroc n’a pas pu développé ce secteur d’intellection. L’Université au lieu de contribuer à l’éducation elle est restée depuis l’indépendance comme une source de trouble que l’Etat du Makhzen devrait opprimer et assujettir à chaque reprise. L’Etat a mobilisé tous les moyens dans le dessein de lutter contre les idées provenant de cette institution, tout en les considérant comme révolutionnaires et anti-stabilité politique. Grand nombre d’étudiants ont été martyrisés et horriblement massacrés et assassinés durant les années de Plomb du siècle dernier. Le régime politique à l’époque luttait sans merci contre l’intelligentsia naissant dans les différentes universités marocaine. Des voix dénonciatrices s’élevaient contre la politique de décimation menée par l’Etat et ayant pour fin l’extermination et l’anéantissement des valeurs progressistes et des pensées s’engageant pour la liberté des hommes et des femmes et pour la démocratie et l’Etat des institutions démocratiques. Personne ne peut nier le fait qu’il y avait également d’autres pensées dogmatiques, d’autres incitant aux complots, parfois même des idéologies racistes voire terroristes. Or, il s’agissait d’un débat d’idées qui ne peut être que favorable pour notre peuple. Ce débat a été radicalement assiégé par les forces de l’ordre, les mouchards, les prisons, et les massacres inhumains. Les résultas de cette politique restent indéniablement calamiteuses. L’intellectuel, l’Homme de lettres, le penseur et théoricien ne sont plus engagés dans la vie politique. La recherche scientifique et créations techniques et littéraires ont survolé à d’autres Etats industrialisés et respectant le droit à la différence…l’Université marocaine est devenue plus que jamais une institution figée, productrice de chômeurs et d’ignorants. Doit on responsabiliser nos étudiants ? Notre ministère ? Notre gouvernement ? Non ! Il s’agit de toute une structure. D’abord on ne peut plus imaginer une société contenant une Université forte au milieu d’autres secteurs arriérés. Deux principaux responsables : le régime totalitaire et le politicien corruptible.

Il est bien temps d’associer l’Université à son environnement socio-économique ; et cela en motivant les recherches universitaires et en luttant contre la tricherie, le clientélisme et la corruption. Il faut, également respecter la volonté du peuple lors de la désignation du ministre et doter le ministère d’une marge considérable d’intervention dans la politique de l’enseignement au lieu de désigner un appareil exécutant de politiques prédéfinies. Les organisations syndicales ainsi que les associations des représentants des étudiants doivent être consultés démocratiquement avant la ratification des lois importantes et qui pourraient décider de l’avenir estudiantin des étudiants. Ces étudiants doivent être dotés d’une bourse d’études ainsi que des résidences au sein des internats et cités universitaires. L’étudiant a le droit également de bénéficier d’une couverture médicale, de la gratuité du transport et de la restauration ainsi que la réduction des prix de quelques produits et Biens nécessaires afin de lui faciliter la tâche de l’apprentissage et d’assurer le bon déroulement de sa formation. De son côté, le problème du chômage sous ses différentes formes (à inclure le chômage déguisé) constitue également une réalité cauchemardesque pour les étudiants marocains qui considèrent l’Université comme futile et perte de temps. Cela incite au recours à des nouvelles formations qui puissent être adéquates avec la demande du marché de l’emploi.

Devant les chiffres alarmants des organisations internationale et qui classent le Maroc parmi les Etats les plus attardés en matière d’enseignement, l’Etat affirme aujourd’hui qu’il s’agit d’une véritable crise tout en évoquant l’évolution et la progression de la réforme universitaire. Une réforme jugée superficielle et futile par des observateurs. D’autres croient à la nécessité de réformer cette réforme !