ASSEMBLEE CONSTITUTIVE
Association « 20 Juin » des victimes et familles de victimes des événements du 20 juin 1981
Comptes-rendus de l’Assemblée Constitutive tenue le samedi 4 mars 2006 au Complexe Anoual, Préfecture des Arrondissements du Maarif, Casablanca
1 - Compte-rendu de l’Assemblée
Le 4 mars 2006, à quinze heures, au complexe Anoual de la préfecture des arrondissements du Maarif à Casablanca, s’est tenue l’assemblée générale constitutive de l’association « 20 Juin », en présence des familles des défunts et des victimes.
Sous le signe « Requalification et Encadrement », cette assemblée constructrice inscrit son action dans le cadre d’une démocratie de justice sociale. Les travaux de cette assemblée ont été ouverts par M. Ali Zerrad, membre du comité d’organisation, qui a accueilli les personnalités invitées ainsi que la très nombreuse assistance avant de procéder à la lecture de la Fatiha à la mémoire des disparus. De nombreuses organisations et associations représentant la société civile étaient présentes ce jour ainsi que certains membres du Conseil consultatif des droits de l’Homme. La couverture médiatique de la tenue de cette assemblée a été effectuée par des représentants de la presse écrite et audiovisuelle parmi lesquels 2M.
Les travaux d’ouverture ont été consacrés notamment aux questions urgentes soulevées par les membres de l’association :
Après quoi M. Mohamed Naji, membre comité d’organisation a pris la parole pour donner lecture du rapport moral, ce qui fut ponctué par des applaudissements et autres manifestations de joie de l’assistance. La tenue de cette assemblée a été marquée également par l’intervention de M. Mbarek Bouderka, membre du conseil consultatif des droits de l’Homme.
Ce dernier a réaffirmé, au nom du président de ladite instance, M. Driss Benzekri, le soutien du Conseil à l’initiative des victimes du 20 juin, rehaussant ainsi la tenue de son assemblée et soulignant sa spécificité.
Après quoi la parole a été donnée à M. Mohamed Bouyahya pour lecture des statuts de l’association à l’assemblée qui les approuvés à la majorité. Puis il a été procédé à l’élection des membres du bureau, composé de 19 membres élus à la majorité. Enfin, en clôture de cette assemblée, M. Saïd Masrour, président de l’Association 20 juin et au nom des membres du bureau, a remercié tous ceux qui ont contribué de près ou de loin à la réussite de cette assemblée générale et plus particulièrement le président de l’arrondissement du Maarif ainsi que les autorités locales et les employés du complexe Anoual.
Tous les participants à l’assemblée ont ensuite été conviés à un thé d’honneur.
2 - Rapport moral
Aux origines des événements du 29 juin 1981, il y eut la convergence de facteurs d’ordre social, économique et politique vers une confrontation entre le gouvernement et l’opposition. L’annonce par le gouvernement d’une hausse des prix fut en effet l’occasion pour l’opposition de lancer un avis de grève générale, qui fut suivi par des milliers de Marocains de condition modeste. La réussie de la grève conduite par la CDT poussa le gouvernement à mobiliser, contre cette expression pacifique du mécontentement populaire, d’importantes forces de police, l’armée et toutes les ressources humaines disponibles. C’est ainsi que la manifestation donna lieu à de tragiques événements.
Car la disproportion des forces en présences, troupes surarmées d’un côté et simples manifestants de l’autre a fait que nous, les victimes du 20 juin 1981 assemblés ici aujourd’hui, avons payé les frais de tout cela : il y eut, selon la presse, près de 20 000 personnes arrêtées et emprisonnées. Une telle quantité de personnes emprisonnées a fatalement causé l’engorgement des locaux de la police et des arrondissements ainsi que des casernes et du bâtiment de la Foire internationale. Des asphyxies de masse se sont soldées par de nombreux décès, notamment dans les locaux du 46e arrondissement El Bernoussi.
Ces conditions d’incarcération ne respectaient pas la moindre des dispositions des conventions et traités internationaux relatifs aux droits de l’Homme. A cela s’ajoute hélas le nombre de tués dans les rues et les avenues puis le viol des domiciles pour la confiscation des cadavres, privant ainsi les familles du droit d’enterrer religieusement leurs morts ; sans oublier ces corps qui ont été ramassés dans les rues et dont on a perdu toute trace aujourd’hui. Ce fut alors, pour les familles des victimes, le temps de la quête quotidienne et désespérée, le temps du secret à taire en famille, de l’hostilité des autorités et d’une foule d’autres tourments. Certaines familles en sont même arrivées à effacer de leur état civil l’existence d’un disparu, comme seul moyen de régler certaines conséquences d’ordre juridique.
L’Etat marocain ne s’en est pas tenu là. Les dossiers d’accusation ont été trafiqués et les conditions de jugement indignes de la justice ont abouti à des peines allant jusqu’à 20 ans de prison ferme assorties d’amendes. Pour se légitimer, l’Etat a donc fait de ces citoyens-là des criminels et a cru ainsi pouvoir se disculper de ses propres crimes commis ce jour-là. Or ces accusations à l’encontre des victimes du 20 juin 1981 ont laissé de graves séquelles dans leur esprit, ce qui a poussé nombre d’entre eux à militer, en prison, pour que soit reconnu leur statut réel et démentir leur prétendue culpabilité. Ce à quoi l’administration pénitentiaire a répondu par la répression et par la dilution de ces personnes parmi des détenus de droit commun. Le découragement fut grand dans toutes les prisons concernées mais n’a pas brisé l’action des détenus de la prison centrale de Kénitra, qui ont enduré les pires sévices mais n’ont jamais renoncé à agir par différents moyens : notamment des grèves de la faim, certaines en commémoration de la journée du 20 juin, d’autres pour attirer l’attention sur les conditions d’incarcération. Et ce jusqu’à l’annonce de la grâce royale qui a annulé les accusations criminelles dont étaient poursuivies les victimes du 20 juin 1981. Le temps d’après leur libération fut alors celui de la marginalisation, de la maladie physique et mentale et du déni des droits élémentaires reconnus au citoyen.
Cela malgré l’ampleur des dommages causés à ces victimes, ceux qui ont été blessés par balles, emprisonnés par centaines, ceux qui souffrent aujourd’hui de graves maladies mentales ou physiques, ceux enfin que l’on a enterrés collectivement, véritable crime contre l’humanité. Nous avons alors entrepris d’autres formes de militantisme afin de sensibiliser les parties concernées à notre situation, au côté du Forum Vérité et Justice, notamment par des caravanes vers Tazmamart, Dar Bricha, Agdz, Kelaat Mgouna et par des sit-in devant Derb Moulay Chérif, Kourbis, etc.
Ainsi que par des rassemblements qui ont déchiré le voile sur la cruelle vérité des charniers des martyrs de 1981 sur un terrain de la protection civile de la préfecture Ain Sebaa Hay Hassani. Il importe ici de préciser qu’après la constitution de l’Instance indépendante de dédommagement, nous avons nous aussi présenté des dossiers. Hélas les dédommagements ridicules et scandaleux obtenus par les victimes du 20 juin ont témoigné à leur tour de la poursuite du déni de justice. Aussi, après la constitution de l’Instance Equité et Réconciliation nous avons retrouvé espoir que soit faite toute la lumière sur ce qu’avait ignoré la précédente instance. Quant aux conclusions du rapport de l’IER, nous attendons d’en avoir fait une lecture approfondie avant de nous prononcer à ce sujet.
Dans ce contexte difficile, alors que notre pays vit une période de transition démocratique vers un véritable état de droit en tournant la page d’un passé fait d’exactions et de violations systématiques des droits de l’homme et pour toutes ces raisons, les victimes de juin 1981 et leurs familles ont donc décidé de se rassembler aujourd’hui afin de créer un cadre associatif voué aux objectifs suivants :
3 - Extraits des statuts
Article 2
L’association est dénommée « 20 Juin »
Article 3
Le siège de l’association est à Hay El Andalous III, rue 10, n°4, Casablanca.
Article 4
L’Association 20 juin a pour buts :
- Recenser, rassembler et encadrer les victimes et familles de victimes du 20 juin 1981.
- Défendre les droits des personnes concernées en matière de santé, de logement et les assister dans toutes leurs démarches juridiques.
- Soutenir les revendications de ces personnes - Organiser et participer à des conférences consacrées à ce sujet
- Concevoir des programmes de sensibilisation à l’environnement et au développement, animer des activités sportives et culturelles, organiser des voyages de détente et de colonies de vacances estivales
- Lier des contacts de partenariat et d’amitié avec des associations nationales et étrangères également concernées
- Publier une revue ou un bulletin
Article 6
La qualité de membre de l’association est ouverte à toute victime directe et à tout ayant droit à titre familial.
Article 7
Les ressources financières de l’association se répartissent ainsi : - cotisations des membres - subventions et aides diverses
Article 8
L’association est dirigée par un bureau dont les membres sont élus pour deux années renouvelables.
Article 9
Le bureau de l’association a pour charge de veiller à l’exécution des décisions de l’assemblée générale.
4 – Composition du bureau
Président : Saïd MASROUR
Vice-président chargé des affaires générales : Mohamed BOUYAHYA
Vice-président chargé des relations extérieures : Saïd BEKRI
Vice-président chargé des activités annexes : Mohamed ARAFA
Vice-président chargé des archives et de l’entretien de la mémoire : Noureddine DAÏÏF
Trésorier : Mohamed NAJIHI
Trésorier Adjoint : Abdelhaq TOUIL
Secrétaire général : Ali ZERRAD
Secrétaire général adjoint : Khadija HASSIB
Conseillers : Fatiha HAMOUSSI, Noureddine ZAKI, Hachad JAMAL, Rachid BELKARN, Mostafa BENMOUINA, Abdelaziz ALAOUI, Abdellatif BOUTAJ, Mohamed BOUOUACHI, Najat HANTARI, Ahmed AJBIRI.